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es progrès avancés du vote électronique,
appliqués à l'élection politique, peuvent
-elles redonner le goût de voter - au sens véritable
de l'expression de la citoyenneté - ou ne risquent-elles
pas, à l'inverse d'altérer la nature même
de l'acte démocratique ? Le triomphe de l'opinion
publique, pour reprendre le titre de l'ouvrage de Dominique
Reynié, doit-il ainsi se transformer en triomphe
de l'e-opinion publique ? La parole est à Dominique
Reynié, citoyen dans l'âme avant tout...
Professeur
à l'IEP
de Paris, membre actif du CEVIPOF, Centre
d'Etudes de la Vie Politique Française, spécialisé
notamment en philosophie politique et en sociologie électorale,
Dominique
Reynié a également et tout récemment
publié, aux Presses Universitaires de France, en
février dernier, Le Dictionnaire du vote. Un dictionnaire
qui ne rassemble pas moins de 170 auteurs pour 406 articles.
" Le procédé du vote est génial
en soi, mais il s'essouffle. Il y a aujourd'hui une perte
d'efficacité caractéristique du vote, national
ou local, pour ne pas dire européen, traduite par
l'ensemble de l'électorat. C'est une sorte de dépression
électorale qui se manifeste dans la réalité,
par une désaffection des bureaux de vote. Et pourtant,
à ma connaissance, depuis des siècles, il
n'existe pas véritablement d'autre procédure
alternative pour éviter la tyrannie, car le vote
a cette vertu indéniable de nous permettre de désigner
celui qui peut ou ceux qui peuvent nous représenter.
L'acte de vote permet à tout un chacun de discuter
et d'approuver ce qui s'impose à tous. C'est en tout
cas l'un des sens premiers de ce que nous pourrions appeler
la philosophie du vote ", révèle Dominique
Reynié.
Le
vote n'est pas un acte prêt à consommer !
"Dans le vote électronique, il faut considérer
deux aspects, voire deux techniques mises en présence.
D'un côté, il y a le vote en ligne, que l'on
peut assimiler au vote à domicile, pour ne pas dire
vote par correspondance. De l'autre, il y a le vote électronique,
par machine interposée, mais toujours accompli au
bureau de vote. Aujourd'hui, la tendance serait plutôt
au vote en ligne, un vote avec une forte valeur ajoutée
: sa dimension " pratique ", qui est de ne plus
être obligé de se déplacer au bureau
de vote pour accomplir son devoir civique. Une dimension
" pratique " très commode, finalement,
et qui peut peser beaucoup dans la balance, mais qui donne
aussi un côté très " consommateur
" à l'acte de voter ", souligne Dominique
Reynié.
" Or, sans pour autant écarter la technologie
reconnue du vote électronique, pourquoi ne pas aboutir
à une configuration idéale de l'e-vote qui
respecterait le processus démocratique ? Adopter
le système du vote électronique, certes, pour
son efficacité dans le dépouillement et la
comptabilisation pure, parfaite et immédiate des
suffrages, mais à condition de l'utiliser à
l'intérieur même des bureaux de vote ! Ou encore,
recourir à l'urne électronique nomade, qui
se déplacerait auprès des électeurs,
afin de ne pas exclure ceux qui ne peuvent se rendre au
bureau de vote, pour des raisons diverses de mobilité
réduite. Une configuration qui permettrait de garantir
l'intégrité de l'environnement et de la procédure
du vote, que sont notamment l'anonymat et la confidentialité,
concrètement symbolisés par l'isoloir. "
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