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start-ups et leurs �poustouflantes lev�es de fonds, quand il n'est pas carr�ment
question de rachats � prix sur�valu�s, d�fraient la chronique et, si elles permettent
� certains apprentis sorciers de r�ver dans l'euphorie et de baigner dans l'admiration,
n'en laissent pas moins d'autres professionnels bien plus perplexes: la non-rentabilit�
d'une start-up deviendrait-elle la nouvelle unit� de mesure de la r�ussite online?
Bon alors, ces Euro, on les mise dans quoi ?
Portrait-robot
d'un jeune dirigeant
C'est vers
la fin de l'ann�e 1995 que le Web a commenc� � bien d�marrer dans l'Hexagone.
A cette �poque, les sites de la plupart des grands m�dias (exception faite du
Monde et de Lib�ration) �taient encore � l'�tat embryonnaire,
voire � l'�tat de vague projet. Il n'�tait encore pas rare, en ces temps, de payer
100 � 200 FF par mois, parfois plus, pour finalement trouver sur la Toile un tissu
d'informations assez pauvre, du moins en ce qui concerne la francophonie.
C'est sensiblement
vers la m�me �poque que sont n�es des initiatives ind�pendantes, telles que Page France, Nomade, et pardon aux centaines d'autres que
je n'ai pas ici la place de citer. A l'origine de ces initiatives, de jeunes fous
cherchaient � combler des manques, des frustrations qu'ils avaient "subies" sur
le Net : comment �tre bien inform� de ce qui se passe en France quand on est expatri�
? (Page France). Comment surfer plus vite et moins cher sur le R�seau ? (Webfaster).
Quelle est la meilleure carte-m�re pour mon prochain PC ? (Hardware-Fr). etc. Des informations qu'il n'�tait
pas toujours facile de trouver dans le "monde r�el", ou bien qu'il serait bien
plus pratique de d�nicher online.
Ces sites
ont fid�lis� de nombreux internautes, toujours plus nombreux tant par le bouche
� oreille que par l'arriv�e exponentielle des Fran�ais sur le Net. Mais aussi,
dans bien des cas, par une approche "communautaire" qui peu � peu a tent� de se
dessiner avec plus ou moins de succ�s (e-mail gratuit, forums de discussion, rubriques
th�matiques, etc.).
Les yuppies �
l'assaut du Net
Aujourd'hui,
certains de ces sites sont aux mains de grands groupes, qui les ont acquis pour
des sommes parfois estim�es � plusieurs centaines de millions de francs. On parle
bien ici d'estimation, car le top du chic aujourd'hui consiste � laisser planer
le myst�re le plus total quant au montant des transactions (alors qu'un an plus
t�t on �tait fier d'annoncer que tel site s'�tait vendu 50 millions de francs).
Ce qu'il
y a de plus formidable dans tout cela, c'est que certaines de ces soci�t�s se
cherchaient encore au moment de leur cession, n'arrivaient pas toujours � se caser
dans un cr�neau qui constituerait leur r�elle identit�, ne repr�sentaient donc
pas, a priori, un point de ralliement pour quelque communaut� que ce soit,
et surtout avaient de gros probl�mes de rentabilit�.
Car il
ne faut surtout pas perdre de vue que la plupart de ces sites, vivant essentiellement
de recettes publicitaires et/ou de programmes d'affiliation, s'assuraient tout
juste de quoi garder la t�te un peu au-dessus de la ligne de flottaison, et que,
grosso modo, leurs frais de fonctionnement �quivalaient sensiblement leur chiffre
d'affaires.
On s'�tonnera
donc que des professionnels de la finance, charg�s d'�valuer la viabilit� d'une
entreprise en vue de son �ventuel rachat, acqui�rent parfois des soci�t�s pour
vingt fois plus cher que ce qu'elles se c�d�raient dans un contexte d'entreprises
"normales", r�alisant un chiffre d'affaires "normal" et des r�sultats "normaux",
le tout dans le cadre "normal" d'une cession de fonds de commerce. Et surtout
en sachant que la plupart de ces entreprises... ne vendent rien.
On comprendra
ais�ment qu'un capital-risqueur investisse dans une soci�t� telle Musicbox comme ce fut le cas r�cemment : il
y a de la marchandise � vendre, et le chiffre d'affaires peut (et devrait) �voluer
rapidement. On supposera qu'en raison de son audience tr�s �lev�e et de son axe
tr�s orient� "culture Frenchy", Nomade soit un peu plus rentable, via la publicit�,
que la moyenne des sites r�cemment rachet�s. Mais il reste difficilement compr�hensible
que des investisseurs misent des sommes colossales sur de fra�ches start-ups au
futur financier incertain. Certes, d'autres int�r�ts sont � consid�rer (voir l'article
intitul� "Valeur d'un site"), mais il y a fort � parier qu'un effet de boomerang
guette au tournant une certaine cat�gorie d'investisseurs.
Bien s�r,
d'ici quelques ann�es, 70% des internautes effectueront probablement 70% de leurs
achats courants dans le cyberespace. Bien s�r, les grands sites marchands auront
certainement tendance, dans les mois et ann�es � venir, � se regrouper sous l'�gide
d'une petite poign�e d'investisseurs (cf. le rachat r�cent, par France T�l�com, d'Alapage et de Marcopoly). Mais est-ce que cela justifie
pour autant d'investir si peu dans des start-ups r�ellement marchandes et fonctionnant
sur un sch�ma �conomique coh�rent, et autant dans des soci�t�s qui, une fois vendues
et une fois leurs fondateurs partis explorer d'autres horizons, auront perdu la
quasi-totalit� de leur esprit, de leur charisme... et sans doute de leur audience
?
Jean
Lan�on,
http://www.jeanlancon.com
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